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“L’affaire Ergenekon était le rêve de Hrant”

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(Traduction Georges Festa)

« L’affaire Ergenekon était le rêve de Hrant »

par Yonca Poyraz Doğan

Todays Zaman, 18.01.10

« Si Hrant vivait et voyait l’affaire Ergenekon, il serait aux anges ! », nous confie Sarkis Seropyan. « Il suivrait beaucoup plus cette affaire que nous ne pouvons le faire à Agos. Il ne se contenterait pas de présenter les actualités liées à Ergenekon. »

Seropyan se réfère à l’enquête visant Ergenekon, un groupe néo-nationaliste présumé issu d’un réseau clandestin de groupuscules comprenant des membres des forces armées et accusé d’être derrière plusieurs assassinats non résolus de journalistes, universitaires, leaders d’opinion et écrivains.

« C’était son rêve de voir tous ces gens démasqués. », note Seropyan, se référant aux membres présumés d’Ergenekon, poursuivis par le Procureur public d’Istanbul.

Une enquête, suite à l’assassinat de Dink, a révélé qu’un groupe d’ultranationalistes était derrière ce meurtre. De fortes preuves laissent penser que certains membres de ce groupe avaient des liens avec les services de police au nord, à Trabzon, lieu d’attache des conspirateurs.

Des gendarmes ont ensuite confirmé avoir été informés du complot visant à tuer Dink, avant que le meurtre ne soit commis.

Les avocats de la famille Dink ont affirmé à plusieurs reprises que la police a tenté de masquer les preuves. Fethiye Çetin, qui représente la famille Dink à ce procès, nous avait confié  en 2008 que certaines personnes, arrêtées suite à l’opération Ergenekon, furent très actives dans le processus qui conduisit au meurtre de Dink.

Néanmoins, bien que trois ans se soient écoulés depuis l’assassinat de Dink, l’enquête concernant ce crime haineux, n’a abouti à aucune conclusion.

Deux rédacteurs d’Agos, Seropyan et Pakrat Estukyan, ont répondu à nos questions sur Agos après Hrant Dink et d’autres sujets.

  • Yonca Poyraz Doğan : Après le meurtre de Hrant Dink, vous avez continué à publier Agos sans aucune interruption. Comment les choses se sont-elles passées ?
  • Sarkis Seropyan : Beaucoup de gens ont défilé dans nos bureaux juste après la nouvelle. Certains – que nous connaissions ou que nous ne connaissions pas – sont venus nous aider à éditer le journal. Grâce à leur contribution, nous avons pu éditer un numéro spécial. Qu’ils ont fait. C’est Ümit Kıvanç, aujourd’hui disparu et qui a travaillé longtemps à Agos comme graphiste, qui a réalisé cette couverture inoubliable. Ce numéro s’est vendu à 50 000 exemplaires, alors que notre tirage normal ne dépasse pas 5 000.
  • Yonca Poyraz Doğan : Quel est votre tirage actuellement ?
  • Sarkis Seropyan : Avec ce numéro spécial, notre tirage a augmenté, mais depuis il a progressivement décliné, pour s’équilibrer entre 8 000 et 10 000 exemplaires.
  • Yonca Poyraz Doğan : Les Amis de Hrant viennent de publier un communiqué de presse rappelant que trois ans se sont écoulés depuis son assassinat et que ceux qui l’ont commandité sont toujours en liberté. Qu’en pensez-vous ?
  • Sarkis Seropyan : Dans les crimes d’honneur, les adultes utilisent des mineurs afin d’éviter des condamnations plus lourdes et c’est apparemment ce que des adultes ont fait en planifiant le meurtre de Hrant. Un rapport préparé par les avocats de la famille de Dink précise les faits et le processus grâce auquel l’affaire n’a pas été résolue, en dépit de ces mêmes faits. Seuls deux jeunes hommes ont été présentés devant le tribunal en tant qu’assassins. Certaines personnes que je sentais respirer derrière moi lors des audiences sont maintenant jugées en liaison avec Ergenekon. Ce sont des soi-disant avocats, juristes, généraux, etc, mais ils sont maintenant responsables devant la justice. Tôt ou tard, l’affaire Hrant trouvera un lien avec l’affaire Ergenekon, même si nous ignorons jusqu’où Ergenekon sera poursuivi. Mais s’il l’est, ce sera une bonne chose pour le pays. Si Hrant était vivant et voyait l’affaire Ergenekon, il serait aux anges. Il sauterait de joie. Il suivrait beaucoup plus l’affaire Ergenekon que nous ne pouvons le faire àAgos. Il ne se contenterait pas de présenter les actualités liées à Ergenekon. Cette affaire visant Ergenekon, il en rêvait. C’était son rêve de voir tous ces gens démasqués.
  • Yonca Poyraz Doğan : Selon vous, qu’aurait fait Dink à Agos en liaison avec l’affaire Ergenekon ? Pouvez-vous l’imaginer ?
  • Sarkis Seropyan : Il était tellement différent ! Il aurait sûrement fait quelque chose que nous n’imaginons même pas. Fatih [Le Conquérant] Sultan Mehmet II fit transporter ses navires à travers les terres. Hrant aurait transporté lui aussi ses navires à travers les terres. Qui peut se le figurer ?
  • Yonca Poyraz Doğan : Qu’est-ce qui vous frappe le plus dans le rapport préparé par les avocats de la famille de Dink ?
  • Sarkis Seropyan : Le rapport répète la phrase “Hrant Dink a été tué le 19 janvier 2007, dans plusieurs paragraphes. Il nous rappelle fréquemment le fait, car nous avons fréquemment besoin de nous en souvenir. Nous ne devons jamais oublier ce fait et nous n’oublierons pas. Car si nous l’oublions, l’affaire Ergenekon perdra en importance. Le processus de démocratisation de la Turquie est directement lié au meurtre de Hrant. Personne ne doit oublier que Hrant a été tué le 19 janvier 2007. Tous ceux qui éprouvent un réel amour pour ce pays doivent s’en souvenir. Nous aimons ce pays. Nous aimons l’Anatolie, où vécurent nos grands-parents. Quand je vais en Anatolie, j’ai tellement envie de ressentir cette terre que j’y marche nu-pieds. Je ne le fais même pas chez moi à Istanbul. J’ai 75 ans, j’ai beaucoup de problèmes de santé, de l’hypertension au diabète, mais je vais mieux quand je suis en Anatolie. Là-bas, ma pression sanguine baisse, même quand je mange du fromage salé et une nourriture riche.
  • Yonca Poyraz Doğan : Dink allait-il aussi en Anatolie ?
  • Sarkis Seropyan : Parfois, mais le temps lui manquait. Avant d’être assassiné, il voyageait fréquemment à l’étranger. Il était invité à des colloques. Il n’obtint son passeport que deux ans avant son assassinat, ayant été interdit de sortie du territoire à cause de ses activités politiques de gauche durant sa jeunesse.

“La politique officielle ne convainc plus les gens.”

  • Yonca Poyraz Doğan : “Pensez-vous que le meurtre de Dink ait joué un rôle dans l’empathie croissante au sein de la société turque à l’égard des Arméniens ?”
  • Pakrat Estukyan : Oui, tout à fait. A l’arrière-plan de cette empathie, il y a le fait que la politique officielle de l’Etat ne convainc plus les gens. Si l’Etat n’avait pas adopté une politique de déni, le meurtre de Dink aurait pu n’être qu’un assassinat de plus d’un journaliste. Mais à partir du moment où il fut tué, du fait qu’il était Arménien, 72 millions de gens en Turquie ont su qu’il avait été tué parce qu’il était Arménien. Pourquoi lui et pas d’autres Arméniens ? Parce que lui disait la vérité. La cérémonie des obsèques montra clairement les réactions des gens.
  • Yonca Poyraz Doğan : D’après vous, ces sentiments d’empathie existent-ils toujours ?
  • Pakrat Estukyan : L’euphorie initiale disparut quelque temps après, mais ce genre d’événements peuvent constituer des étapes décisives dans la vie des gens. J’ai lu une réflexion de ce genre dans un article d’Hilal Kaplan, journaliste à Taraf, qualifiant Dink de “Hrant Abi” [mon frère Hrant]. Elle écrit qu’elle fut profondément affectée par deux événements dans sa vie. Le premier, lorsqu’elle s’inscrivit à l’université qu’elle souhaitait, mais dont elle fut exclue à cause de son foulard, et le second est le meurtre de Dink. Elle explique ensuite pourquoi elle se réfère à Dink en tant que “Hrant Abi”, alors qu’elle ne le connaissait même pas avant sa mort. Elle lut, dit-elle, tous les écrits de Dink après son assassinat, se sentant suffisamment proche de lui pour l’appeler “Hrant Abi” et qu’elle ressentit beaucoup de peine de ne jamais l’avoir rencontré. En assistant à ses obsèques, écrit-elle, elle eut l’impression de donner un sens à sa vie. L’on peut donc dire que certaines personnes, en particulier les intellectuels, ont éprouvé ce genre d’expériences. Mais pour revenir à votre question, si nous parlons de l’opinion en général, je ne pense pas que tel soit le cas. Certaines personnes présentes aux obsèques de Dink il y a trois ans, pensent maintenant que l’enquête visant des généraux au titre de l’affaire Ergenekon est un coup des islamistes. Ce sont les paradoxes de la société turque.
  • Yonca Poyraz Doğan : Comme Dink voyageait avant sa mort et que ses idées étaient observées de près, comment était-il perçu ici ?
  • Pakrat Estukyan : Avec étonnement, car c’était un homme peu conventionnel. Disant que les Turcs sont un peuple très bon, mais que la politique étatique est fasciste. Pour un Arménien lambda, qui n’est jamais allé en Turquie ou n’a jamais eu de contact avec un Turc, ce n’est pas acceptable car lui ou elle confond les Turcs et l’Etat turc. Le point positif qui surgit après la mort de Dink, c’est que des Turcs et des Arméniens en Allemagne et en France se sont rassemblés lors de manifestations commémoratives. Depuis l’époque où des Turcs sont partis en Allemagne comme ouvriers – et il y avait quelques Arméniens parmi eux -, les associations turques et arméniennes se gardaient d’organiser ensemble des activités sociales. Il est donc significatif qu’elles le fassent maintenant. C’est là un écho aux paroles de Hrant, que certains ont intériorisées.
  • Sarkis Seropyan : La Turquie a récemment commenté la libération de Mehmet Ali Ağca [qui assassina le journaliste turc Abdi İpekçi et tenta d’assassiner le pape Jean-Paul II]. J’ai noté à la télévision hier soir que les caméras montraient la rue Abdi İpekçi, et je me suis demandé pourquoi la Mairie d’Istanbul n’a pas choisi de rebaptiser Şafak Street, où Hrant fut assassiné, Hrant Dink Street. Des explications risibles ont été données par cette même Mairie, y compris le fait que les postiers auraient des difficultés à trouver la rue si son nom était modifié ! Ceci en dépit du fait que le maire d’Istanbul est présent lors de nos actions commémoratives, en souvenir de Hrant. Même genre de problèmes lorsque nous avons pris l’initiative d’ériger un mémorial discret à l’endroit où Hrant a été assassiné. Je me réfère à cela car votre question concernait les perceptions en Europe. A Marseille, 16 rues portent le nom de personnalités arméniennes. Une rue de cette ville porte même le nom de Hrant. A Paris, il existe une école nommée Hrant Dink. En Arménie, l’amphithéâtre d’une université a pris le nom de Hrant Dink.

Les relations turco-arméniennes vont se normaliser

  • Yonca Poyraz Doğan : Lorsque Agos fut fondé en 1996, un de ses objectifs était de contribuer à la normalisation des relations entre Turquie et Arménie. Gardez-vous quelque espoir, compte tenu des avancées à cet égard ?
  • Sarkis Seropyan : Ces étapes sont retardées. J’avais plus d’espoir au début, pas maintenant. Des deux côtés, les forces nationalistes sont trop puissantes et ne sont guère enthousiastes à l’idée d’avoir de bonnes relations de voisinage, encore moins d’amitié. L’opposition soutient que tout ce que fait le gouvernement dans ce processus est mauvais et que c’est eux qui ont raison !
  • Yonca Poyraz Doğan : J’aimerais m’adresser à M. Estukyan sur ce point et lui demander son opinion à ce sujet. Gardez-vous l’espoir que les relations s’améliorent avec l’Arménie ?
  • Pakrat Estukyan : J’ai espoir, même si je suis d’accord avec Sarkis sur le fait que les politiciens n’ont pas pour habitude d’être sincères et que l’opposition n’aide pas non plus. Mais je garde espoir car le monde change, en ce sens qu’il existe une volonté de régler de vieux problèmes, en particulier au Caucase. Dans le passé, seuls la force militaire et les accords militaires ont importé dans cette région du monde stratégiquement importante. Mais aujourd’hui, la question concerne les ressources énergétiques, les voies de transport et comment celles-ci peuvent être protégées et sûres. L’Arménie et la Turquie se trouvent toutes deux dans la région, et un conflit dans cette zone ne contribuerait pas au développement et au transfert des ressources énergétiques. Apparemment, l’Ouest ne veut pas prendre ce risque, et les Etats-Unis comme l’Union Européenne pensent de même.
  • Yonca Poyraz Doğan : Pensez-vous que la communauté internationale aidera aussi à éliminer les problèmes entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan ?
  • Pakrat Estukyan : Elle doit le faire. Afin de mettre un terme aux conflits dans cette région, facteurs d’instabilité.
  • Sarkis Seropyan : J’aimerais ajouter que je ne trouve pas les politiciens sincères, mais finalement les frontières s’ouvriront et les gens auront plus d’échanges. Depuis la fondation de la république de Turquie, jusqu’à très récemment, les autorités turques ont déclaré que “la Turquie est entourée d’ennemis”. Comment a-t-il été possible que la Turquie fusse en mauvais termes avec tous ses voisins ? Les choses évoluent maintenant dans un sens positif. Tous les voisins de la Turquie seraient-ils bons maintenant, sauf l’Arménie ? Cela aussi va changer.

Les Amis de Hrant demandent : qui a tué  Hrant Dink ?

  • Voici notre réponse : c’est une volonté collective officielle qui a tué Hrant. Ceux qui ont manifesté cette volonté sont brutaux, lâches et fourbes. Ils n’apparaîtront jamais en pleine lumière; ils n’osent même pas se montrer !
  • Souvenez-vous du complot de la Cage révélé au sein de l’Etat profond. Souvenez-vous comment le meurtre de Hrant fut présenté comme une “opération”.
  • Ils essaient aussi de nous entraîner dans leurs ténèbres – nous, les amis et proches de Hrant, qui demandons justice. Ils veulent nous faire mordre la poussière des prétoires, ils veulent nous faire désespérer dans notre quête de justice. Nous nous y refusons. Nous n’en avons pas le droit !

 

http://denisdonikian.wordpress.com/2010/01/21/entretien-avec-sarkis-seropyan-et-pakrat-estukyan-de-la-redaction-d%E2%80%99agos/

“Ergenekon case was Hrant’s dream”

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18 January 2010 / YONCA POYRAZ DOĞAN, İSTANBUL

If Turkish-Armenian journalist Hrant Dink, who was fatally shot in front of the headquarters of the bilingual Armenian weekly Agos in 2007, were alive today, he would have been overjoyed that the Ergenekon gang is being investigated, Agos Editor Sarkis Seropyan has said.

“If Hrant were alive and saw the Ergenekon case, he would have been over the moon,” he told Today’s Zaman for Monday Talk. “He would have supported the Ergenekon case much more than what we are able to do at Agos. He would not have been satisfied just by presenting the news related to Ergenekon.”

Seropyan was referring to the investigation into Ergenekon, a neo-nationalist gang believed to be the extension of a clandestine network of groups with members in the armed forces and accused of being behind a number of unsolved murders of journalists, academics, public-opinion leaders and writers.

“It was his dream that those people’s masks would drop,” Seropyan said, referring to alleged members of Ergenekon investigated by the İstanbul Public Prosecutor’s Office.

An investigation in the wake of the Dink assassination revealed that a group of ultranationalists was behind the murder. Strong evidence suggested that some members of the group had ties with the police department in northern Trabzon, the hometown of the plotters.

Some gendarmes later confirmed that they had been tipped off about the plot to kill Dink before the murder was committed.

The Dink family lawyers have frequently leveled allegations that police have attempted to obscure evidence. Fethiye Çetin, who represents the Dink family in the trial, had told Monday Talk in 2008 that some people who have been arrested as a result of the Ergenekon operation were very active in the process leading to Dink’s murder.

However, although three years have passed since Dink was killed, the investigation into this vicious murder has yielded no conclusion.

Two Agos editors, Seropyan and Pakrat Estukyan, answered our questions about Agos after Hrant Dink and more.

Following the murder of Hrant Dink, you continued to publish Agos without any interruptions. How did that happen?

Seropyan: A lot of people flooded our offices right after the news. People — some of them we knew and some we did not know or like — came to help us to put out the paper. With their support, we were able to publish a special issue. Indeed, they did it. Long-time Agos page designer Ümit Kıvanç, who is no longer with us, did the unforgettable front page. That issue sold about 50,000 copies even though our circulation did not normally exceed 5,000.

What is your circulation now?

Seropyan: With that special issue, we had an upsurge in our circulation, and since then it has gradually decreased and come to a balance of around 8,000-10,000 copies.

“Friends of Hrant” has just released a press statement noting that it’s been three years since his murder and those who masterminded it are still free. What do you think?

Seropyan: In honor killings, adults use minors to avoid harsher punishments, and this seems like what adults did in planning Hrant’s murder. A report prepared by the Dink family lawyers indicates the facts and the process in which the case was not resolved despite those facts very well. There are only a couple of boys that have been brought before the court as assassins. Some of the people whose breath I sometimes felt on my neck during the hearings are now being tried in connection with Ergenekon. They were so-called lawyers, jurists, generals, etc., but they are now responsible to the court. Sooner or later, Hrant’s case is going to be linked with the Ergenekon case even though we don’t know how far Ergenekon will be pursued. But if it is pursued, it will be good for the country. If Hrant were alive and saw the Ergenekon case, he would be over the moon. He would jump for joy. He would have supported the Ergenekon case much more than what we are able to do at Agos He would not have been satisfied just by presenting the news related to Ergenekon. This case against Ergenekon was his dream. It was his dream that those people’s masks would drop.

What do you think Dink would have done at Agos in relation to the Ergenekon case? Can you imagine it?

Seropyan: He was so different. He would have done something that we cannot even think about. Fatih Sultan Mehmet [“the Conqueror”] II had his warships transported overland. Hrant would have his ships moved overland as well. We can’t even dream about it.

What strikes you the most in the report prepared by the Dink family lawyers?

Seropyan: The report repeats the sentence “Hrant Dink was killed on Jan. 19, 2007,” every few paragraphs. It reminds us of that fact frequently because we need to remember it frequently. We should never forget this fact, and we will not. If we forget this, the Ergenekon case will lose its importance. Turkey’s democratization process has been directly linked with Hrant’s murder. Nobody should forget that Hrant was killed on Jan. 19, 2007. Anybody who has real love for her or his country should remember this. We love this country. We love Anatolia, where our grandparents lived. When I go to Anatolia, I want to feel the land so much that I walk barefooted there. I don’t even do that in my home in İstanbul. I am 75 years old, and I have many diseases, from hypertension to diabetes, but I get better when I am in Anatolia. My blood pressure drops even though I eat salty cheese and rich foods there.

Would Dink go to Anatolia as well?

Seropyan: He would sometimes, but he did not have much time to do so. Before he was murdered, he took frequent trips abroad. He would be called to speak at conferences. He received his passport only a few years before his murder because he had been banned from exiting the country due to his leftist political activities in his youth.

‘Official policies no longer convince people’

Do you think Dink’s murder played a role in increasing empathy in Turkish society toward Armenians?

Estukyan: Yes, it did. In the background of that empathy, there is the fact that the state’s official policies were no longer convincing for people. If the state had not adopted policies of denial, Dink’s murder could have been just another killing of a journalist. But at the moment that he was killed, 72 million in Turkey knew that he was killed because he was an Armenian. Why him but not other Armenians? Because he was telling the truth. The funeral ceremony clearly showed people’s reactions.

Do you think those feelings of empathy still exist?

Estukyan: The initial euphoria died out after a while, but such events can be turning points in people’s lives. I saw a reflection of this in a column by Taraf writer Hilal Kaplan, who referred to Dink as “Hrant Abi” [Brother Hrant]. She wrote that she was deeply affected by two events in her life: One is that she went to the university she wanted but was expelled because of her headscarf, and the second one is the murder of Dink. She further explained why she refers to Dink as “Hrant Abi,” someone she did not even know before his death. She wrote that she read all of Dink’s writings after his murder and felt close enough to call him “Hrant Abi” and that she feels so sorry that she never met him. By attending his funeral ceremony, she wrote, she felt like she was doing a meaningful thing in her life. Therefore, we can say that some people, especially intellectuals, have had similar experiences. But back to your question, if we are talking about the general public, I don’t think that that is the case. Some people who were at Dink’s funeral three years ago now think that the investigation into generals under the Ergenekon case is a scam by Islamists. There are paradoxes in Turkish society.

Since Dink traveled abroad before his death and his ideas were being closely observed, how was he perceived there?

Estukyan: With surprise, because he was an unconventional man. He would say that Turks are very good people but the state policies were fascist. For a typical Armenian who has never been to Turkey or never had contact with a Turk, that was not acceptable because he or she would think of Turks and the Turkish state as one. One positive that came out after Hrant’s death is that Turks and Armenians in Germany and France came together for memorial activities. Ever since Turkish people moved to Germany as workers — and there were some Armenians among them — Turkish and Armenian associations have avoided organized social activities together. So it is significant that they do this now. It is the success of Hrant’s words, which have been internalized by some people.

Seropyan: Turkey has recently been talking about Mehmet Ali Ağca’s [who murdered Turkish journalist Abdi İpekçi and attempted to assassinate Pope John Paul II] release. I noticed on television last night that cameras showed Abdi İpekçi Street, and I asked myself why the İstanbul City Council chose not to rename Şafak Street, where Hrant was murdered, “Hrant Dink Street.” There have been comical explanations for that by the city council, including that postmen would have difficulties finding the street if its name were changed. This happened despite the fact that the İstanbul mayor comes to our commemorative activities for Hrant. There were similar problems when we had an initiative to construct a subtle memorial at the place where Hrant was murdered. I refer to this because your question was in regard to perceptions in Europe. In Marseilles, there are 16 streets named after influential Armenian people. There is also a street in Marseilles bearing Hrant’s name. In Paris, there is a school named “Hrant Dink.” In Armenia, there is a lecture room at a university named “Hrant Dink.”

Friends of Hrant ask: Who killed Hrant Dink?

“And let us give the answer. It was an ‘official’ collective will that killed Hrant. Those who hold this will are brutal, coward and deceitful. They cannot come to light; they cannot dare to show themselves.

“Remember the ‘Cage’ plot unearthed in the depths of the deep state. Remember how Hrant’s murder was defined as an ‘operation.’

“They are also trying to take us into their darkness, us — the friends and lovers of Hrant demanding justice. They want to leave us breathless in the dust of court files, they want us to get weary of following the trials, they want us to feel despair in our pursuit of justice. We will not do so. We cannot afford it.”

 

‘Turkish-Armenian relations will normalize’

When Agos was found in 1996, one of its goals was to contribute to the normalization of relations between Turkey and Armenia. Do you still have hopes for that as there are steps in that regard?

Seropyan: Those are delayed steps. I was more hopeful at the beginning but not now. On both sides, the nationalist forces are too powerful, and they are not even warm to the idea of having good neighborly relations, let alone being friends. The opposition says that everything the governments are doing in the process is wrong and they are right!

I would like to turn to Mr. Estukyan at this point and ask his opinion on the same issue. Are you hopeful that relations will improve with Armenia?

Estukyan: I am hopeful, even though I agree with Sarkis that politicians are not usually sincere and the opposition does not help either. But I am hopeful because the world is changing in such a way that there is a requirement for the resolution of old problems, especially in the Caucasus. In the past, only military power and military pacts have been important in this strategically important part of the world. But now the issue is about the region’s energy resources, transportation routes and how they can be safe and secure. Armenia and Turkey are both in the region, and a conflict in that area would not contribute to development and the transfer of energy resources. The West apparently does not want to take that risk, and both the United States and the European Union think the same way.

Do you think the international community will also help eliminate problems between Armenia and Azerbaijan?

Estukyan: It has to. It has to do that in order to end the conflicts in the region that are causing instability.

Seropyan: I’d like to add that I don’t find politicians sincere, but eventually the borders will be opened and people will interact more. From the founding of the Turkish Republic until very recently, Turkish authorities have declared that “Turkey is surrounded by enemies.” How has it been possible that Turkey has been on bad terms with all of its neighbors? This is changing now in a positive direction. Are all the neighbors of Turkey now good but Armenia? This will change, too.

Both Agos editors say Hrant was unique

Sarkis Seropyan, one of the founding members of Agos, worked closely with Hrant Dink as an editor until his murder on Jan. 19, 2007. Pakrat Estukyan has been an editor at Agos for two years and writes for the Armenian pages. Both editors say Dink was so different and unconventional that people would have difficulty categorizing him in one group or another.

 

http://www.todayszaman.com/newsDetail_getNewsById.action;jsessionid=F0071695744A9EB65C7697589565E062?newsId=198828

“Can Gülüm Anahit ve Kazben Ermeni Tanrıları Konuşuyor”

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İnsanlığın birbirine anlatılageldiği en eski öyküdür mitoloji. Bir halkı tanımanın da en kestirme yolu, onun geleneksel halk söylencelerine, kahramanlarına, tanrılarına, tanrıçalarına bakmaktan geçer. Kuşaktan kuşağa devrolunan bu mirasta bir halk değerlerini, önceliklerini, inançlarını, acılarını, coşkusunu, umudunu kısacası yaşam felsefesini ve deneyimini akıtır olanca çıplaklığıyla. Yazının henüz icat olmadığı dönemlerden miras şarkılarla, şiirlerle dilden dile, büyükten küçüğe aktarılan bu servetin yalanı olmaz. Bunlar o halkın ta kendisidir.Bu kitapta konu edilen Ermeni mitolojisi de, anadolu’nun kadim halklarından Ermenilerin kuşaktan kuşağa devrolunan sözlü mirasından kesitler sunuyor…

 

Belge Yayınları

İstanbul, Nisan 2003

ISBN: 9753442769